Béatrice Libert

poésie, roman, récit, nouvelle, essai,
récital, peinture, collage...

Contribution à la lecture de "Une enfance au creux des mots"

de Béatrice Libert,
Éditions Couleur Livres, Charleroi, 2005.
Par Jalel El Gharbi

Pour comprendre la poésie de Béatrice Libert, il convient de lire cette évocation des contrées de l’enfance qu’est "Une enfance au creux des mots".

Dans cette évocation, B. Libert donne les clefs de sa poésie. Son goût prononcé pour les allitérations et les assonances qu’elle pousse parfois jusqu’au vire-langue remonte aux premiers mots qu’elle a "mâchés" dans l’officine paternelle : "acide acétylsalicylique".

Je cherche à dire que chez B. Libert, l’évocation autobiographique ne relève ni de la réminiscence ni d’une plongée dans les strates du passé mais plutôt de la rémanence. Où est le passé ? Ici. C’est sans doute pourquoi le livre s’est écrit au présent. L’enfance vaut par le bonheur qu’elle signifie et qui tient à si peu de choses : réglisse, guimauve, chocolat. Saveurs et savoir de l’enfance !

Mais l’enfance vaut surtout comme préfiguration de l’âge adulte. Elle en est l’exemple, la fable. Lisant ce livre, on se prend à penser que la poésie est sans doute illustration de l’enfance non seulement à cause de l’accointance entre vision poétique et vision enfantine mais surtout à cause de cette consonance entre poésie et rythmes de l’enfance.

Et cela donne des textes dont on ne sait que faire : les proposer à ses étudiants en cours de stylistique ou les leur proposer afin qu’ils en fassent usage ultérieurement, avec leurs élèves. (Je pense à ce texte irrésistible Mon premier Larousse en couleurs). C’est dire que les textes de B. Libert se prêtent à deux types de lectures, ils sont bivalents. Comme des fables, ils peuvent être lus littéralement et dans tous les sens (Rimbaud).

Mais il convient de ne pas perdre de vue que le livre est avant tout hymne aux senteurs, aux saveurs et aux romances de l’enfance. Bien entendu, cet hymne laisse deviner une conscience lancinante de finitude non seulement parce que la mort s’insinue très tôt dans l’univers de la poétesse mais surtout parce que l’enfance est ce qui n’est plus nonobstant cette verdeur que la poésie permet de conserver.

Peut-être que l’hymne à l’enfance se résorbe en élégie du temps qui passe.

© J. El Gharbi
jalelelgharbipoesie.blogspot.com











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