Béatrice Libert

poésie, roman, récit, nouvelle, essai,
récital, peinture, collage...

La Vieille Fenêtre

1.

Lorsque le sable diminue
Dans notre intime sablier
Lorsque la clarté s’atténue
Forçant notre cœur à briller
Lorsque le grand froid et l’absence
L’extrême solitude
Gercent le rire et la danse
De notre quiétude
On se sent lourd et lent
Comme un cheval qui pense
Aux prairies d’autrefois
Aux sentiers de l’enfance
On se sent lourd et lent
Comme un cheval qui pense
Aux prairies d’autrefois
À l’herbe de ses joies

2.

Lorsque la rout’ marque le pas
Sur la campagne immense
Lorsque le ciel se fait très bas
Plombé de doute et de souffrance
Lorsque partir est un reproche
Un trou sur la rive trop proche
Un obstacle un ennui
Vers le seuil d’un ami
On se sent seul et vide
Comme une barque avide
De renaître aux escales
À la marche aux étoiles
On se sent seul et vide
Comme une barque avide
De renaître aux escales
Aux îles tropicales

3.

Lorsque des soirs trop vieux
Buvardent nos fenêtres
Effaçant tous nos vœux
Nos rêves de bien-être
Lorsque le feu s’essouffle
Et que grandit la peur
Lorsque Satan boursouffle
Nos bulles de bonheur
On se sent égaré
Comme un bouchon stupide
Qui voit se profiler
Le courant qui se ride
On se sent égaré
Comme un bouchon stupide
Qui voit se profiler
L’ultime rive aride

4.

Alors bien sûr même si
C’est un risque prescrit
On se met à aimer
Une nouvelle fois
On voudrait tout reprendre
Depuis la première heure
Surtout ne pas attendre
Ni masquer sa pudeur
On voudrait tant bercer
Un être contre soi
On voudrait consoler
Caresser de la voix
Pour se savoir vivant
Au-delà de soi-même
Pour que le jour soit blanc
À la vieille fenêtre

© Béatrice Libert, Liège, 29-31 mars 2014.











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