Béatrice Libert

poésie, roman, récit, nouvelle, essai,
récital, peinture, collage...

A propos de Etre au monde, La Différence, Paris 1999

La naissance, c’est une aube nouvelle avec sa promesse d’innocence retrouvée et l’espoir que "Nous serons, dans l’obscurité, la menace ou la folie, des semeurs de matins..." ; c’est, posé "contre la nuit" et "la mort arrogante", un poème qui s’aventure et dont le poète suit l’éclosion en s’interrogeant sur sa nature et sa destination. Une parole qui surgit du silence et donne vie à l’instant. Là, et là seulement, se prend vraiment "le pouls du passé" avec ses peurs enfantines et son cortège de cicatrices.
La poésie de Béatrice Libert emprunte à la prose mélodieuse et au vers ample et bien rythmé comme au poème court au tranchant de silex. La nature y est un réservoir d’images souvent fort belles et un miroir – "Je contemple dit l’arbre / et je deviens regard" – qui lui renvoie son lyrisme et sa sensualité : elle est poète de la soif et de la faim et elle s’inscrit dans le triangle clos du "Je, tu, nous" sans craindre l’ostentation de l’amour maternel – si beau, unique, irremplaçable – en dépit de ce quelque chose d’un peu monstrueux ("Je suis la guerrière de l’amour...") dont il faut bien se défendre : "Depuis que tu tiens debout, tu ne tiens plus en place ! / – Je veux voir le monde, songes-tu".
Tout poète vit sous le coup d’une sombre menace : "Ah ! Jeter ses craintes au feu / et danser sur les braises... Béatrice Libert n’échappe pas à cette fatalité qui la fait avancer en aveugle dans la nuit. Sa force est de toujours se retrouver – "Mes pas me portent vers moi-même" – parce que "Le fil qui [la] relie au réel / est d’une soie infaillible".
Rien de surprenant donc si, de toutes les citations dont Béatrice Libert aime à accompagner ses textes, il en est une, ultime balise à la fin de ce beau recueil, qui me semble essentielle pour définir les racines profondes de sa poésie : "C’est la vie intérieure, sa force, sa joie, qui détermine la forme en art." (Mondrian).

© Jean-Paul Giraux, Poésie/première n°31, février 2005

Ce recueil de 90 pages, Être au monde, s’ouvre sur un long poème, "Aube", dans lequel on retrouve avec un plaisir égal le style maîtrisé de Béatrice Libert où le matin qui "coule sur nos peaux" s’installe sur la terre.

"Il emprunte les voies allantes
la rémige du canal
la couleuvre du rail
la longue langue des chemins
la flèche de mon désir
et celle du poème qui pose son visage
contre celui du jour".

Poète de la clarté et de la tendresse, poète femelle en ses élans, Béatrice Libert parle de l’enfance avec cette force féroce de louve où l’intime devient miel et où l’épiderme ploie sous la caresse. Elle rassemble ici plusieurs textes publiés en revues ou en des fascicules. Ainsi "L’Heure blanche" fit l’objet d’une parution dans "Encres vives" (de Michel Cosem) et "Deux enfances" dans "Le Poémier de Plein Vent" (d’Annie Delpérier).
Si Béatrice Libert sait privilégier, dans ses poèmes, et l’amante et la femme, elle peut également donner à son rôle de mère des déclinaisons superbes.

"...Cependant, il m’arrive encore d’héberger, en mon
ventre, le souvenir de tes frissons et de tes fièvres.
À ton tour, maintenant, de me porter en toi, dans tes
yeux, par ta voix..."
L’amour, chez Béatrice Libert, est une nécessité poétique qu’elle porte en elle et ne la quittera jamais.

Avec un nouveau petit livre, Alphabet blanc, Béatrice Libert brosse un tableau hivernal où la légèreté des flocons de neige rejoint la légèreté de style d’un poète inspiré pour qui les mots servent à gravir les marches d’un toujours possible bonheur. La poésie est du voyage et l’amour un laisser-passer.

"Nous aimerions voler
pour que nos pas
n’entachent pas la neige".

© Jean Chatard
Note de lecture in Les Hommes sans épaules, n° 19, premier semestre 2005.






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