Béatrice Libert

poésie, roman, récit, nouvelle, essai,
récital, peinture, collage...

A propos de "Passage et permanence", Tétras Lyre, 2008

Ce recueil nous présente trois séquences.
D’abord une série de textes organisés comme si l’auteur avait écrit de la prose, puis une série de poèmes en enfin quelques poèmes plus longs. Dans la deuxième séquence, des figures de femmes : l’écrivaine, l’artiste, l’inventive, la semeuse, la matinale, etc. Enfin dans la troisième séquence : Elégie pour une martyre.
Le style de Béatrice Libert est éblouissant. Cette femme-poète se sent traversée par le temps et l’espace; elle est comme métamorphosée. En elle, "brûle un feu dont nul ne connaît le sarment" nourricier. Elle se sent sœur jumelle du monde qui se transforme, qui éclate, qui émerge. L’amour de la vie semble la faire traverser une période qui tout illumine et surtout avive sa créativité lexicale. Si l’on n’est pas parmi les étoiles, on est en pleine moisson. De quoi se nourrir l’imaginaire et les sens et ses connaissances de la langue maternelle. Le recueil est accompagné de quatre linogravures dues à l’excellente artiste Annie Gaukema

© Emile Kesteman, "Nos Lettres", Bruxelles, juin 2008.

Illustré de quatre linogravures d’Annie Gaukema, le livre nouveau de Béatrice creuse en trois mouvements (Légèrement prose – Visages de femmes – Elégie pour une martyre) les fruits de sa maturité poétique. Qu’elle nomme la femme dans sa diversité, qu’elle s’assigne les verbes d’action (vivre, écrire, pleuvoir), elle est aux aguets d’un monde qui la fait réagir et écrire au plus urgent de ce qu’elle perçoit. On sent très fort cette exigence :

Prendre

Prendre le temps comme on saisit une poignée d’eau en serrant les doigts très fort
prendre corps dans la pensée d’autrui

La résistante

Elle vit repliée dans un livre d’images
dans une jungle de mots
parfois dressés les uns contre les autres
...

La voix se fait âpre aussi pour dénoncer l’errance dans un monde qui fait fi des valeurs et égrène les banalités, les superficialités, les artifices; la femme se dresse pour accompagner le destin des pairs; l’écrivaine participe d’un regard sans concession, sans complaisance sur cet aujourd’hui décontenançant, affolant. Sa poésie trace alors la voie d’une permanence d’un regard, habile à saisir les matières du vivant, les passages multiples des corps et des âmes.
Ce beau livre n’est pas seulement une réflexion poétique sur notre époque mais aussi une prise en compte de l’autre dans de brefs poèmes d’accompagnement véritable.
On sent la maturité de l’auteur, la maîtrise des thèmes et la hauteur de vue.
Peut-être le meilleur livre de l’auteur, pour son aisance verbale et l’empathie de ses messages.

Avril 2008, © Philippe Leuckx, "Bleu d’encre", Dinant, été 2008.

Béatrice Libert, au fil de ses recueils, a trouvé sa voix. Impénitente passeuse de ces mots qui nous touchent, de ces sentiments qui nous irriguent, de ces émotions solidaires de la vie et de l’amour.
Cette fois encore, avec un regard et une écoute infiniment sensibles, et par touches successives, elle revisite une série d’actes essentiels comme par exemple : aimer, brûler, cuisiner, écrire, errer, mourir, ouvrir, se souvenir, etc. pour nous convaincre d’une quête incessante et nous apporter des réponses essentielles, existentielles : "(...) On se réchauffe à quelques doutes on souffle sur les doigts et sur la pointe de son cœur on boutonne son gilet on serre le châle et la carcasse peut-être bien qu’il reste un interstice une fissure et que la mort se soit déjà glissée dans la béance de nos gestes manqués." Elle conjugue passion et ferveur pour nous faire partager "l’eau de l’aube là où s’étoilent nos paroles là où mouillent nos alphabets encrés d’intemporel."
Elle nous convie à "tout écrire instinct de survie Exister exister à peine mais exister quand même". Nous ne pouvons rester indifférents à cette poésie haletante, limpide, qui nous émeut et nous interpelle à chaque détour de la vie, à chaque passerelle du temps.
Dans la seconde partie, "visages de femmes", on est d’emblée au cœur de l’univers féminin avec une suite de portraits, qui ne cessent d’effleurer les fêlures, les blessures, les permanences du vécu, les territoires secrets, silencieux, mystérieux de la femme. Chaque texte est un raccourci qui nous invite à bien des interrogations. Qu’elle soit "la sereine", "l’amoureuse", "l’artiste", "la matriochka", "la body-live", " l’exilée", "la répudiée" ou "la mère en lambeaux", etc... Chaque femme est ici entendue, sauvée dans une langue qui est celle de l’amour. Poids de la vie. Poids des mots. La poésie atteint la gravité : "mères en lambeaux/ Femmes dépossédées/ de vos fils de vos frères de vos maris / acceptez pour solde de tout compte/la solde du soldat tué au profit du profit/ Obole ironique de l’Etat (...)"
Et la dernière partie du recueil, "Elégie pour une martyre", évoquant une mort par lapidation est bouleversante, poignante de vérité. Solitude de la parole, confession d’une femme d’à peine 30 ans, mort abominable. On ne peut clore telle lecture sans une mémoire à haute voix pour toutes ces femmes qui souffrent de par le monde à cause de la barbarie humaine. Oui, la lucidité et la parole poétique demeure à la fois passage et permanence, quand elle s’avoue et s’ouvre aux autres.

© Régis Louchaert, "Lieux d’être", N°117, Lille, été 2008.

La poésie de Béatrice Libert, éminemment féministe, est de celles qui nous atteint avec la force d’un désespoir toujours plus ancré dans une réalité rebelle où la tendresse court entre les lignes des poèmes en prose, capables de nous enchanter et de nous émouvoir.
"Passage et permanence", dans un premier temps, fait la part belle à trente verbes (de "aimer" à "zoomer") et cela occupe la première partie de l’ouvrage sous le titre de "Légèrement prose". Cela se poursuit avec trente "Visages de femmes", pour s’achever sur les quelques pages bouleversantes de "Elégie pour une martyre". Outre le choix des verbes qui illuminent la première partie ("devenir", "écrire", "exister", "lire", "mourir", " se réchauffer", "se souvenir", etc.), il convient de tenir compte du travail d’écriture de Béatrice Libert avec, par exemple, ce festival de la lettre "p" qui éclaire la page 24, festival qui se poursuit avec la lettre "b" :

C’est un petit matin pluvieux sur pétales paisibles d’aubépines passantes sur le papier mâché de paroles poreuses sur le pelage bleu d’un paradis permis sur la presqu’île d’un paragraphe nu sur le blême parfum de pétunias penchés et sur le palanquin des balançoires beiges".

Alors que pour "Légèrement prose", Béatrice Libert utilise le texte en ... prose, avec "Visages de femmes" ", elle a recours à un vers libre (symbole de féminité, de liberté d’expression) et s’approprie un espace qu’elle revendique avec la grâce qu’on lui connaît. L’enchantement, présent à chaque page de cet ouvrage, est ponctué par quatre linogravures d’Annie Gaukema qui rythment les chapitres comme pour maintenir les folles envolées de cette poésie magique où "L’amoureuse" proclame haut et fort :

Et je suis sans chemin
si ne suis son voyage"

Admirable formule dont on aimerait être l’auteur.

Béatrice Libert poursuit une route exigeante, partagée entre la création, les ateliers d’écriture, les récitals, les conférences.
Ce livre se termine sur une "Elégie pour une martyre", dans laquelle est lapidée cette autre Antigone, sœur sacrifiée sur l’autel du "châtiment céleste". Bouleversant !

© Jean Chatard, France, poète et critique

Passage et permanence : dans ce recueil, Béatrice Libert procède à une redéfinition de certains verbes cela va du verbe "aimer" à "zoomer" en passant par "lire". Trente poèmes en proses pour redéfinir, pour cerner les choses. Cela insinue que le monde se prête à une réécriture permanente, que sa sémiologie est à trouver ou à refaire. A chaque poète son glossaire. Vision du monde ou weltanschauung insinuant que refaire les mots du monde, c’est reformuler, redéfinir le monde même. Et cela institue une synonymie entre bonheur et écriture du bonheur transitant par le bonheur de l’écriture.

Le deuxième volet du recueil est une somme de portraits féminins. Trente poèmes crayonnant la femme sous autant de postures, de déclinaisons, d’attitudes et surtout de modes d’être. Cela va de "Elle" à "Paix à leurs visages" en passant par "la silencieuse" ou "la résistante". Ce sont des portraits crayonnés avec tendresse et où la dimension féministe est une des expressions des préoccupations ontologiques. Car c’est toujours la femme dans son rapport au monde, à l’être et aux questions que pose l’être au monde. Voici deux extraits de ce recueil :

Aimer

J’apprends par cœur le verbe aimer dit l’amoureuse Je le pratique avec les sources J’en souffle le feu sur la cendre pour réveiller le Temps mortellement touché J’en bassine les draps somptueux de l’enfance J’en sers de longues friches à labourer céans Il coule comme un vin de Cahors dans mes veines Y viennent boire les amants de toujours
J’apprends par cœur le verbe aimer dit l’amoureuse et le pose partout sur la beauté du monde sur vos hanches parfaites à la faille de votre cou au nid de vos aisselles Ange-baiser qui peuple de ses ailes l’envie d’une caresse et d’une légèreté.


L’amoureuse

Besoin de lui
comme d’un champ
sarclé chaque matin


Dedans mes jours
il a tout mis
le pain le sel
la levure admirable
l’épice et le jasmin


Mes mots vont dans sa bouche
caresser l’ineffable
Il lève en moi le bleu
qui n’a point de maison


Sa voix dort dans ma voix
comme une déraison
qu’effeuillerait mon âge


Et je suis sans chemin
si ne suis son voyage

© 30 janvier 2009, sur le blog de Jalel El Gharbi, poète, exégète et professeur à l’Université de Tunis.

Voici que chez Marc Imberechts paraît, sous couverture ornée d’un visage-masque gravé par Annie Gaukema, un nouveau recueil de Béatrice Libert : passage et permanence, est fidèle à son titre : "Aller" / "S’arrêter", " exil et enracinement", l’élan et la résistance y jouent pleinement. Certes, on reconnaît la poétesse "amoureuse" renouvelant les motifs pétrarquistes et se posant en "trouvère", jusque dans le ton :

Et je suis sans chemin
si ne suis son voyage

Mais les ciels changent et certains portraits de femmes, comme aussi dans l’Elégie pour une martyre, sont des figures tragiquement agressées, par les hommes ou par le temps, et trahissent une angoisse commune. En somme, c’est une grande variété d’atmosphères qui frappe ici : les verbes de la vie, malgré leur ordonnance alphabétique, se prêtent à des imageries très divergentes, par métaphores, anaphores, néologismes (même un exercice "oulipien"), fantasmagories, jeux lexicaux aux saveurs brouillées, sans compter des glissements sémantiques, comme de "boiter" l’auteur en vient à dire "je suis entrée sans le savoir en dissidence",et comment ne pas songer à la "Claudication" de Dominique Pagnier, qui le dérive à la valse viennoise un rien déhanchée et à la célébration de l’ellipse.
Que ces visages soient facettes intérieures ou portraits rapportés du monde, on retient un questionnement de l’existence qui se fraie un sentier au travers de l’efflorescence verbale et trouve cette formulation surprenante :

Je vis dans un dé à coudre entre sol et dièse
Miroir et balancier

© André Doms, L’Arbre à paroles, n° 141, automne 2008






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